La thérapie Sensorimotrice

Qu'est ce que la Psychothérapie Sensorimotrice ?

La Psychothérapie Sensorimotrice est une approche thérapeutique considérant le corps comme une source d’information cruciale dans le traitement des expériences du passé en lien avec des traumas et blessures développementales. Elle reconnait les expériences corporelles, les pensées et les émotions comme faisant non seulement partie intégrante de l’expérience vécue du trauma mais également du processus de guérison. Son objectif est de restaurer chez le patient une capacité de traitement de l’information adéquate, qui ne serait plus influencée par ses expériences passées douloureuses.

Quelles indications pour la Psychothérapie Sensorimotrice ?

La Psychothérapie Sensorimotrice permet de combler le vide laissé par la thérapie traditionnelle « parlée » lorsque celle-ci n’a pu se montrer efficace. Cette méthode est indiquée pour des problématiques liées au trauma et à l’attachement telles que :

  • L’anxiété
  • Des difficultés de concentration dues à la peur, des pensées perturbatrices, ou des sensations physiques non sollicitées
  • Des réactions émotionnelles intenses et perturbatrices, qui ne semblent pas adaptées à la situation
  • Le stress post-traumatique : abus, attaques, accidents, flashbacks, cauchemars,… Se sentir paralysé, bloqué dans des circonstances familières sans comprendre pourquoi
  • Des difficultés à profiter de la vie, avoir de l’espoir et ressentir du plaisir
  • Des blessures relationnelles : de la négligence, une éducation sévère pendant l’enfance, un divorce, des séparations parent-enfant
  • Des pensées négatives persistantes et régulières concernant sa capacité de réussite, d’avoir du succès et du mérite
  • Des difficultés à maintenir un travail, une famille, des amitiés et autres relations
  • Se sentir détaché de soi-même et du monde

Comment fonctionne la Psychothérapie Sensorimotrice ?

La Psychothérapie Sensorimotrice a été développée dans les années 80 par Pat Ogden, PhD. Fondée sur les recherches en physiologie, neurosciences, psychologie et sociologie, cette approche restitue au corps son importance dans l’expérience vécue. Elle peut être un excellent complément à d’autres techniques thérapeutiques en y incluant une focalisation sur l’expérience corporelle.
La Psychothérapie Sensorimotrice utilise les principes développés par la thérapie Hakomi (Hakomi Mindfulness-Centered Psychotherapy), le Dr. Ogden ayant fondé une branche du Hakomi Institute connue aujourd’hui sous le nom de Sensorimotor Psychotherapy Institute.

Elle propose un traitement en trois phases pour guider le patient en douceur à travers le processus thérapeutique : (1) Sécurité et Stabilisation (2) Traitement (3) Intégration. La collaboration entre client et thérapeute est essentielle. Le thérapeute apporte une attention constante au client afin de s’assurer que celui si ne se retrouve submergé lors du processus de guérison.

La Psychothérapie Sensorimotrice va aider le patient à rétablir et/ou développer les ressources qui étaient inaccessibles ou manquantes lors de l’évènement traumatique, ainsi que renforcer ses capacités instinctives de survie. A l’aide de celles-ci, cet évènement traumatique pourra dès lors être traité.

Avec des dizaines d’années de succès dans le traitement du trauma et des blessures développementales ainsi que des résultats thérapeutiques solidement démontrés, le Sensorimotor Psychotherapy Institute a pour ambition de lancer un programme de recherche afin d’étudier de plus près le fonctionnement de la thérapie et lui procurer une base solide, fondée sur les faits.

La formation pour les professionnels de la santé mentale

Les formations sont conçues pour les professionnels de la santé mentale légalement autorisés à appliquer la théorie et les techniques de la Psychothérapie Sensorimotrice dans une pratique clinique.

Théoriquement fondées sur les recherches en neurosciences et en matière d’attachement, les formations en Psychothérapie Sensorimotrice fournissent aux professionnels les compétences fondamentales et les principes nécessaires pour inclure le corps dans la psychothérapie, en tant que source d’information et cible pour l’intervention. Les participants font l’apprentissage d’une approche basée sur la pleine conscience pour traiter l’expérience émotionnelle et cognitive, facilitant l’accès à une expérience plus profonde et authentique.

Une pratique clinique active est utile pour intégrer les apprentissages de la Psychothérapie Sensorimotrice. Cependant, les formations sont aussi adaptées aux professionnels de la santé mentale en transition et aux diplômés travaillant à la construction d’une pratique clinique active.

  • La Psychothérapie Sensorimotrice dans le traitement du trauma
  • La Psychothérapie Sensorimotrice dans le traitement des blessures développementales
  • Certification en Psychothérapie Sensorimotrice

La théorie sous-jacente

Dans la psychothérapie traditionnelle les éléments cognitifs et émotionnels du trauma et des problèmes d’attachement précoce sont abordés, mais il manque de techniques travaillant les éléments physiologiques de manière directe. Il a été démontré par la recherche que l’effet du trauma sur le corps est puissant, induisant de manière somatique de nombreux symptômes.

La Psychothérapie Sensorimotrice accorde au corps une position centrale tout en s’appuyant sur les techniques et principes psychothérapeutiques traditionnels auxquels elle inclut des théories et compétences observationnelles. La méthodologie psychothérapeutique orientée sur le corps de Ron Kurtz (Kurtz, 1990) sert de base aux compétences thérapeutiques de la Psychothérapie Sensorimotrice. Elle y incorpore les théories et techniques de psychothérapie psychodynamique, cognitivo-comportementale, les neurosciences et les théories de l’attachement et de la dissociation.

La Psychothérapie Sensorimotrice en pratique

Il n’est pas aisé de passer outre des évènements difficiles tels qu’un trauma ou une expérience douloureuse avec son caregiver, d’autant plus si ces expériences nous ont conditionnés à nous sentir inadéquats et à percevoir le monde extérieur comme menaçant. Trouver du soulagement et une résolution du problème peut être délicat, malgré l’aide d’un thérapeute compétent, ce qui peut pousser le patient à se sentir découragé ou coincé dans ses schémas de fonctionnement.

La Psychothérapie Sensorimotrice va exploiter le besoin inné de chaque être vivant de guérir, s’adapter, et développer de nouvelles capacités en se focalisant sur les mouvements, la posture et les sensations corporelles. En s’ajustant à la sagesse du corps, la Psychothérapie Sensorimotrice apprend aux patients à accueillir les processus intelligents innés du corps et de l’esprit. Ils découvrent alors les habitudes et automatismes physiques et psychologiques qui construisent leurs expériences.

Cette thérapie douce et valorisante est particulièrement utile pour travailler les effets du trauma et des troubles de l'attachement. 

La Psychothérapie Sensorimotrice passe par le corps, les émotions et les pensées pour procurer le bien-être physique, psychologique et spirituel. Des informations qui restent de l'ordre de l'inconscient lors des thérapies traditionnelles « parlées » se révèlent lorsqu'on travaille simultanément le corps et l'esprit, et les changements physiques sont plus durables. L'intégration du corps et de l'esprit est favorisée.

La Psychothérapie Sensorimotrice peut être utilisée en complément d’autres approches thérapeutiques telles que les thérapies EMDR, cognitivo-comportementales et psychodynamiques pour apporter au patient un bénéfice maximal.

 

Les bénéfices de la Psychothérapie Sensorimotrice

Les bénéfices sont spécifiques à chaque patient et peuvent inclure la diminution de la douleur (émotionnelle et physique) liée au trauma et aux blessures d’attachement ; la réduction des symptômes de stress post-traumatique ; la réduction des symptômes du trouble anxieux, une amélioration de la capacité à réguler des émotions telles que la colère, la peur ou la tristesse ; des relations et une intimité plus épanouissantes ; une meilleure capacité à établir des limites ; l’intégration des parties dissociées ; et un sentiment global d'être plus en accord avec soi-même.

Le succès de la thérapie dépend de la capacité du patient à maintenir sa vigilance interne. Il est donc possible que celle-ci ne puisse être aussi effective avec des patients dont l'attention est affectée par des facteurs tels que l’âge, un handicap, une détresse extrême ou une addiction active aux substances. Cependant, cette méthode étant flexible, elle s’adapte à l’individu et peut être modifiée selon les difficultés, forces, capacités et objectifs du patient.

Une session type de Psychothérapie Sensorimotrice

La Psychothérapie Sensorimotrice est une méthode bottom-up orientée dans la phase. La première phase de la thérapie consiste à développer les ressources du patient et lui apprendre à réguler l’excitation. La seconde phase aborde les souvenirs et les émotions. La troisième phase aide le patient à aller de l’avant à travers l’expression émotionnelle, l’élargissement de la fenêtre de tolérance et une focalisation sur les relations. Ces phases peuvent se dérouler dans un ordre différent et être revisitées si besoin.

Lors d’une première session type de Psychothérapie Sensorimotrice, le thérapeute prodigue la psychoéducation au patient et évalue ses compétences, besoins et objectifs thérapeutiques. Ensemble, patient et thérapeute créent un plan pour atteindre ces objectifs.

Les sessions en Phase 1 guident le patient dans la prise de conscience de son expérience interne actuelle (souvenirs, images, émotions, pensées, schémas corporels,…) et l’aident à pratiquer la « pleine conscience », un état de conscience autoréflexif où l’attention est orientée vers l’intérieur. Par de simples expériences verbales et corporelles, des schémas inconscients sont ramenés à la conscience où ils peuvent alors être traités.

Par exemple, il peut être demandé à un patient de « remarquer ce qui se passe à l’intérieur » lorsqu’il se remémore une dispute avec son conjoint. Il peut dès lors observer qu’il contracte ses épaules, fronce ses sourcils et que son cœur bat la chamade. La pleine conscience permet au patient et au thérapeute d’explorer les déclencheurs et les signaux corporels d’une excitation excessive ou dérégulée, et de la même manière prendre conscience de l’influence de la posture et des mouvements corporels sur l’excitation et le bien-être.

Le thérapeute apprend au patient à estimer et développer ses forces, ses compétences et ses ressources somatiques naturelles, ainsi qu’à identifier les ressources de survie utilisées pour s’en sortir par le passé.

Cette phase d’investigation permet de cultiver une compréhension et une connexion au corps qui sera utilisée dans les phases suivantes pour aborder les souvenirs, pensées et croyances.

Les sessions en Phase 2 apprennent au patient à repérer les signes et les effets des souvenirs implicites (sensations, intrusions sensorielles, émotions, mouvements, pensées,…) ainsi qu’à développer de nouvelles ressources pour intégrer les événements douloureux du passé. Parmi celles-ci on trouve notamment la « conscience duelle » permettant l’accès à des fragments de souvenirs spécifiques sans pour autant avoir à revivre le passé.

Le patient participe de manière active et verbalise son expérience interne, il peut exprimer des émotions fortes lorsque se révèlent des croyances et souvenirs douloureux auparavant cachés. Le focus duel simultané sur l’expérience du moment présent et sur l’incitation du thérapeute à utiliser ses ressources permet au patient de ne pas devenir trop dérégulé durant le travail thérapeutique. La mise en place d’actions valorisantes auparavant absentes procure au patient un sentiment d’accomplissement, renforcé par l’apprentissage du lien entre dérégulation émotionnelle et défenses animales.

Cette phase se concentre sur la réparation des effets à long terme du trauma et d’un attachement inadéquat de manière intégrative, gérable et qui renforce la confiance en soi du patient.

Les sessions en Phase 3 continuent de solliciter les compétences apprises dans les phases précédentes pour aborder l’héritage relationnel du patient, en incluant les relations d’attachement précoce avec le caregiver. Le patient découvre alors ses croyances limitantes telles que « je ne serai jamais assez bien » et leur effet sur son corps. Il commence à se reconnecter à ses émotions et à pouvoir exprimer des émotions auparavant manquantes ou supprimées.  

Par la pratique de mouvements corporels le patient améliore ses connexions, son intimité et apprend à établir ses limites. Les émotions positives et les activités procurant du plaisir deviennent plus fréquentes et il renoue avec sa capacité à jouer. Le patient est confronté à travers une prise de risque saine à des domaines de vie auparavant négligés et incité à élargir sa fenêtre de tolérance.

Cette étape finale permet au patient de cultiver une conscience de soi, améliorer ses relations et éprouver un sentiment de satisfaction et de bien-être dans sa vie.

 

©Sensorimotor Psychotherapy Institute, 2019.

http://sensorimotor.org